Actualités Le bateau L'équipe Le club des supporters La médiathèque Espace presse PRB sponsor
 

Le Vendée Globe : la course mythique

Les fondations

Le Vendée Globe n’est pas né de « rien ». Il est la poursuite, - l’aboutissement ? – d’une longue histoire maritime, celle de la route des Trois Caps. Au XIXème siècle elle vit les grands voiliers marchands l’emprunter pour amener depuis l’Europe des produits manufacturés en Australie et sur la côte ouest d’Amérique Latine et en repartir les cargaisons pleines de matières premières. Pour vendre et acheter au meilleur prix mieux valait arriver les premiers d’où des concurrences de vitesse entre ces voiliers bientôt baptisés « Clippers ».

L’avènement de la propulsion à vapeur puis du moteur diesel et le percement du Canal de Panama, eurent raison de la marine à voile de commerce et, pour un temps, de cette route historique. Une autre « voile » allait prendre la relève. Celle qui conjugue aventure humaine et compétition, soif de voyage et dépassement individuel. Au XXème siècle, grâce aux courses autour du monde, le Cap Horn allait de nouveau fasciner des générations de « voileux ».

Cette histoire moderne du tour du monde à la voile a ses pionniers :

Joshua Slocum, ancien capitaine de clipper, qui accomplit le premier tour du monde en solitaire en 1898 à l’issue d’un périple de trois ans à bord de Spray, un sloop de 11,20 m de long. Il aura fait escale à 21 reprises au cours de son tour du monde.

En 1943, l’Argentin Vito Dumas double en solitaire les caps de Bonne Espérance, Leeuwin et Horn.

Il faut attendre les années 60 pour que de nouveau il soit question de record autour du monde. En 1967, Francis Chichester, à bord de Gipsy Moth IV est le premier circumnavigateur à réintroduire ce paramètre de la vitesse. Son ambition : faire mieux que les Clippers du siècle dernier sur la route des Trois Caps. Il échouera – 226 jours de mer et une escale à Sydney lui seront nécessaire pour réaliser son tour du monde – mais le défi est relancé. L’idée de compétition n’est plus très loin…

Pour preuve, un an après le journal britannique Sunday Times se propose de fédérer les différents projets des émules de Chichester. Il offre un Trophée (le Golden Globe, d’où le nom de l’épreuve) au premier solitaire qui accomplira un tour du monde sans escale et un prix de 5000 £ au plus rapide. Seules conditions : partir d’un port britannique entre le 1 er juin et le 31 octobre 1968. Des neufs solitaires qui tenteront l’aventure, un seul reviendra à bon port. La décision de Bernard Moitessier, alors qu’il était en tête, de renoncer au retour en Europe pour poursuivre son périple vers les îles du Pacifique et le suicide de Donald Crowhurst, incapable d’assumer son énorme mensonge - resté en Atlantique, il enverra des messages reconstituant un tour du monde virtuel – seront les faits marquants du Golden Globe. L’unique concurrent à terminer l’épreuve se nomme Robin Knox-Johnson. Le Britannique accomplit sa performance à bord de Suhaili, un ketch en bois d’à peine 11 mètres. Après 313 jours de mer, il devient non seulement le premier vainqueur d’une course de ce type mais également le premier navigateur solitaire à avoir accompli un tour du monde sans escale.

La dureté du Golden Globe va ralentir un temps les projets de ce type et la course autour du monde qui lui succède est plus « raisonnable » puisqu’en équipage et avec escales : la Whitbread (aujourd’hui Volvo race) naît en 1973. Il faut attendre 1982 pour renouer le fil de l’histoire avec la création du BOC Challenge, une course en solitaire autour du monde avec escales. Contrairement au Golden Globe, il s’agit cette fois d’une « vraie » course puisque les bateaux partent en même temps. Un Français inconnu avant le départ, Philippe Jeantot, remporte les quatre étapes. Son Crédit Agricole (17 m de long) est le premier monocoque véritablement conçu pour une course autour du monde en solitaire. En imposant une limite de 18,28 m (60 pieds), le BOC invente en 1986, dès sa deuxième édition, le monocoque 60 pieds open. Larges, puissants, toilés mais faciles à mener, stables en route pour ne pas fatiguer les pilotes automatiques, dépouillés à l’intérieur pour gagner du poids mais très sophistiqués quant à la construction et à l’équipement employé, ces monocoques sont désormais de purs bateaux de course. Ils forment d’ailleurs le trio de tête de cette deuxième édition : Crédit Agricole (P. Jeantot réussit ainsi le doublé), Ecureuil d’Aquitaine skippé par Titouan Lamazou, UAP-Médecins sans frontières de Jean-Yves Terlain. Le monocoque 60 pieds open devient dès lors LE bateau des courses autour du monde en solitaire.

L’Everest : Le Vendée Globe

C’est au cours de la deuxième édition du BOC Challenge que des navigateurs français imaginent plus fou encore : une course autour du monde en solitaire mais cette fois sans escale ni assistance. Grâce à Philippe Jeantot, ce rêve devient vite réalité. Le Vendée Globe est né. Le 26 novembre 1989, 13 pionniers s’élancent des Sables d’Olonne pour la première édition d’une épreuve très vite considérée comme l’Everest de la voile. Devant leurs étraves : 25 000 milles sur toutes les mers du monde, les trois caps à doubler (Bonne Espérance, Leewin et Horn), les tempêtes des 40 ème Rugissants et 50 ème Hurlants, les icebergs, les albatros et la certitude d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire maritime. Pourtant, sur les pontons des Sables, le doute tenaille marins et observateurs : de ces 13 pionniers, un seul reviendra-t-il à bon port ? 109 jours plus tard, Titouan Lamazou apporte la réponse. Le Béarnais remporte l’épreuve devant Loïck Peyron, également auteur du sauvetage, d’anthologie, de Philippe Poupon – et Jean-Luc Van Den Heede. Sept solitaires parviendront finalement à revenir aux Sables d’Olonne en course, trois autres navigateurs faisant de même mais non classés puisque ayant été contraint à une escale. Fort heureusement, aucun naufrage ni disparition ne marquèrent cette première édition. Il était donc possible d’aller vite, très vite même, en solitaire autour du monde et d’en revenir sans trop de dommages. C’était l’enseignement principal de cette première édition.

Un pas vers la sécurité

Dans les deux éditions suivantes – 92/93 et 96/97 - les éléments se chargèrent malheureusement de rappeler qu’une course autour du monde ne serait jamais une simple régate planétaire… L’aventure était certes belle mais également parmi les plus dangereuses qui soient.

En 1992, les disparitions de Mike Plant, survenue lors du convoyage vers les Sables, et de Nigel Burgess dans le Golfe de Gascogne endeuillent le Vendée Globe. Alain Gautier survole une épreuve également marquée par les abandons de Loïck Peyron et Bertrand De Broc et les démâtages de Yves Parlier et de Philippe Poupon. Quatre ans plus tard, les naufrages quasiment concomitants de Tony Bullimore, Thierry Dubois, Raphaël Dinelli et Gerry Roufs dans les 50 ème Hurlants marquent les esprits. Si les trois premiers sont sauvés in extremis, on ne retrouvera malheureusement jamais le Canadien. Ces accidents successifs, et notamment les images de monocoques chavirés et restant, quille en l’air, parfaitement stables à l’envers, sont à l’origine d’un débat sur la sécurité dans ce genre de course et sur la conception même des monocoques open. Discussion qui donnera naissance à des modifications de jauge obtenues et rendues obligatoires dès l’édition de 2000 par les marins eux-mêmes. Christophe Auguin fait cavalier seul, ses deux principaux adversaires, Isabelle Autissier et Yves Parlier sont contraints à faire escale et donc à poursuivre leur route hors course. Il établit en 105 jours le nouveau temps de référence autour du monde en solitaire.

Vendée Globe 2000, un succès grandissant

En dix ans, à l’égal de la Route du Rhum, le Vendée Globe est devenu un événement sportif majeur. Son succès médiatique connaît la même progression que le nombre de ses inscrits : 13 en 89, 14 en 92, 17 en 96 et plus de 20 en 2000 ! Au départ de cette 4 ème édition, jamais peut-être le plateau n’aura été aussi riche ! On relève ainsi une dizaine de concurrents qui, grâce à leur expérience individuelle et la qualité de leur bateau, peuvent logiquement l’emporter. Autre caractéristique de cette édition : onze étrangers, soit près de la moitié de la flotte, sont au départ. On attend avec impatience de voir si le suisse Dominique Wavre ou les britanniques Mike Golding et Josh Hall vont parvenir à mettre à mal l’hégémonie française. La menace sera réelle mais conjuguée au féminin : une toute jeune britannique va se révéler au monde de la voile. Elle porte le nom d’un général américain célèbre et se révèle aussi combative : Ellen Mac Arthur va pousser l’un des plus grands marins de sa génération dans ses derniers retranchements. Car ce Vendée Globe ne marque pas seulement le tournant du siècle, il révèle aussi une évolution du tour du monde en passe de devenir réellement une régate à l’échelle planétaire.

C’est d’abord Yves Parlier qui emmène la flotte à très haut régime vers les hautes latitudes sud. Talonné par Michel Desjoyeaux et Roland Jourdain, l’Aquitain livre sa stratégie : parvenir à mettre un système météo d’avance entre lui et le reste de la tête de la flotte. Course de vitesse le Vendée Globe ? Pas seulement. Même dans les latitudes extrêmes des 50 ème le sens stratégique peur parler. Le 8 décembre, soit un mois après le départ, Michel interrompt sa descente vers les 50 e et empanne pour faire route au nord-est. Bilou (Roland Jourdain), son compère de Port La Forêt, l’imite quelques heures plus tard. L’un des plus jolis coups météos du Vendée Globe vient d’avoir lieu. Les deux semaines de rythme endiablé vers le Sud imposé par Yves Parlier ont été réduites à néant par ce coup tactique. En 24 heures, Michel Desjoyeaux accroche la bordure nord d’une dépression. Dans le même temps, empêtré au centre de celle-ci, Yves Parlier perd des centaines de milles. Roland Jourdain prend la seconde place du classement 23 milles derrière PRB. Yves Parlier tentera bien de recoller aux deux leaders en s’imposant un train d’enfer. Trop sans doute : le 18 décembre, Aquitaine Innovations démâte. Entre les deux amis de Port la Forêt,  « Mich Desj » et Roland Jourdain, le duel commence. A la fin de l’année, Michel pense contrôler la situation avec plus de 100 milles d’avance sur son dauphin. Mais le 1 er janvier, changement de décors : le nouveau millénaire a sonné son arrivée à bord de PRB par une panne d’énergie: « le moteur électrique du démarreur est en bouillie… » annonce Michel en guise de bonne année. Pour le skipper de PRB la situation est grave. Il lui reste son éolienne et les panneaux solaires mais dans le Grand Sud cela ne saurait pallier aux besoins énergétiques d’un monocoque moderne. C’est bien un risque d’abandon qui pointe à l’horizon du millénaire. Ce n’est que quatre jours plus tard que le moteur redémarre grâce à un dispositif génial qui consiste à entraîner l’alternateur grâce à un cordage renvoyé par poulies interposées sur la bôme de grand voile que Michel bloque dans l’axe du vent puis relâche en grand. La force du vent pousse violemment la grand voile qui entraîne la poulie et relance le moteur. La malchance change de camp : Roland Jourdain, victime d’une avarie du rail de grand voile, perd de la vitesse et décide de s’arrêter juste après le Cap Horn pour réparer.

Le 10 Janvier, quand Michel Desjoyeaux franchit le Cap Horn, tout le monde le voit déjà vainqueur non seulement Jourdain doit s’arrêter au Horn mais le 3 ème – la 3 ème plutôt – est à 602 milles du tableau arrière de PRB. Ellen Mac Arthur, car c’est elle, bénéficie d’un allié de taille : le bien nommé anticyclone de Ste Hélène qui oppose à PRB une véritable barrage de calme sur l’Atlantique ! Longtemps empêtré dans les hautes pressions, le Finistérien n’a pas plus de chance avec le Pot au Noir Pourtant totalement invisible sur les fichiers météo, il coupe net le ventilateur au-dessus de PRB. L’Equateur tout juste passé, Ellen est revenue à quelques encablures de Michel. Un terrible duel débute. Mais cette fois les deux adversaires connaissent les mêmes conditions météos et le double vainqueur de la Solitaire du Figaro confirme tout son talent de stratège et de tacticien. C’est finalement avec une journée d’avance que le finistérien remporte ce Vendée Globe d’anthologie en pulvérisant le record de vitesse autour du monde en solitaire en 93 jours. Il offre également une belle victoire à une PME vendéenne spécialisée dans le bâtiment qui, depuis 1992, armait un voilier à chaque édition.

2004/2005 : Une régate au contact par les trois caps

Quatre ans plus tard le monocoque N°85 est de retour pour défendre son titre. Mais son skipper a changé : parti sur le circuit des multicoques, Michel a laissé la barre à son coordinateur technique. Peu de monde connaît Vincent Riou et les quatre ans d’âge de son bateau n’en font pas l’un des favoris. Dans les courses de préparation, les nouvelles « machines » de Mike Golding, Jean le Cam, Roland Jourdain ou Jean-Pierre Dick ont fait forte impression. A la fois plus puissant, plus légers et plus volumineux ils marquent un vrai pas en avant. Et à vrai dire le palmarès de Riou semble fragile face à l’expérience en solitaire d’un Jean le Cam, triple vainqueur du Figaro, ou autour du monde de « Bilou » et Golding. Mais comme quatre ans auparavant avec Mac Arthur, le Vendée Globe va révéler un très grand marin.

A l’image des autres éditions, il ne faut pas rater la « descente » de l’Atlantique. Dix huit jours après le départ, Vincent Riou et Jean le Cam s’y sont employés avec succès. C’est déjà l’échappée belle : ils relèguent leur plus proche concurrent, Roland Jourdain, à plus de 200 milles. Leur régate devient même à vue puisqu’au petit matin PRB passe à moins de cinq longueurs au vent de Bonduelle ! Les deux Bretons n’en reviennent pas : ils ont été à deux doigts de s’éperonner en plein milieu de l’océan.

Leur route ne va pourtant pas tarder à s’écarter. A l’inverse de Jean le Cam, Vincent privilégie une route nord dès les 50 ème Rugissants atteints. S’il allonge sa route, le skipper de PRB espère rester en bordure nord des dépressions et conserver ainsi des conditions plus maniables à même de favoriser la vitesse. Mais cette route est également guidée par la sagesse  car Vincent se refuse à jouer avec les glaces et le température de l’eau. Il n’a pas tort. Le 20 décembre, alors que la tête de la flotte vient de rentrer dans le Pacifique, la direction de course avertit les concurrents de la présence de quinze gros icebergs à 300 milles dans l’est de l’île Campbell, petite île située au sud de la Nouvelle-Zélande. Sitôt informé de ce positionnement anormalement nord, Vincent applique une nouvelle fois le principe de précaution. PRB interrompt sa descente vers le sud et met le cap au nord-est pour contourner le groupe de glaces repéré par l’Ouest. Cela lui vaut de perdre la tête de la course. Mais l’important est ailleurs : les icebergs sont un danger mortel dans une mer aussi désertique que le Pacifique Sud. Et l’avertissement du PC Course n’a rien de virtuel : le 22 décembre, Jean Le Cam, situé plus sud que Vincent par 55°46 Sud, annonce naviguer au milieu des glaces. Dès lors, débutent pour les solitaires du Vendée Globe de longues et stressantes heures d’observation sur le pont. Mais que faire quand le danger rode à fleur d’eau, par visibilité réduite et dans des vagues qui empêchent de distinguer le blanc de la glace de celui de leur écume ? Juste avant Noël, Sébastien Josse en fait l’amère expérience. Auteur d’une remarquable course, le benjamin de l’épreuve est 3 ème quand l’étrave de son VMI heurte un growler, l’un des « morceaux » de glaces de plusieurs tonnes qui dérivent sous le vent des icebergs. Il reprendra la route malgré un bout-dehors déchiqueté et sera récompensé de son opiniâtreté par une jolie 5 ème place à l’arrivée.

Le 3 janvier, le trio de tête peut enfin respirer et oublier les glaces. Rarement le Horn n’aura été un tel soulagement. Jean Le Cam le franchit en tête avec 15 heures 30 d’avance sur Vincent Riou et guère plus sur Golding. Depuis l’abandon de Roland Jourdain pour cause de problème de quille et l’avarie de Seb Josse, la course se joue entre ces trois là. Leur remontée de l’Atlantique va être d’anthologie.

En deux jours, le leader perd une grande part de ce gain. Le 9 janvier Vincent Riou s’offre un beau cadeau pour ses 33 ans : il reprend la tête de la flotte ! Ce changement de leader à 5 700 milles de l’arrivée est à l’image de cette édition exceptionnelle du Vendée Globe 2004 - 2005. 14 petits milles départagent les trois premiers de ce tour du monde ! Une configuration presque incroyable après deux mois de course. Il en sera ainsi jusqu’à la fin avec pour juges de paix les « vedettes » de la remontée de l’Atlantique : Anticyclone de Ste Hélène, Pot au Noir, Anticyclone des Açores. Comme quatre ans auparavant, PRB ouvre le bal et ne lâchera rien. Malgré la pression exercée par deux des meilleurs marins du monde qui disposent en outre, avec Bonduelle et Ecover, de voiliers plus véloces, Vincent Riou effectue un sans faute impressionnant. L’homme a du sang froid et du talent. Celui que Jean le Cam, connaisseur des hommes et des marins, a surnommé « le terrible », remporte le 3 février la 5 ème édition du Vendée Globe en établissant un nouveau record en 87 jours 10 heures et 47 minutes. Pour le bateau et pour l’entreprise il s’agit d’un doublé. Une première pour une course décidément unique.